Suisse : le forfait fiscal, pour qui et à quel prix
Le forfait fiscal suisse fascine autant qu'il est mal compris. Ce n'est ni un taux réduit, ni un cadeau : c'est un mode de calcul particulier, réservé à un profil très précis. Voici comment il marche en 2026, et pour qui il a du sens.
Le principe : imposer le train de vie
L'imposition d'après la dépense, le « forfait fiscal », calcule ton impôt non pas sur tes revenus et ta fortune mondiaux, mais sur tes dépenses de train de vie. Tu conviens avec le canton d'un niveau de dépenses théorique, qui sert d'assiette. C'est un régime pensé pour les étrangers fortunés qui veulent vivre en Suisse sans y travailler.
Les conditions, strictes
Quatre conditions cumulatives. Tu dois être de nationalité étrangère. Il doit s'agir d'une première installation en Suisse (ou d'un retour après dix ans d'absence). Tu ne dois exercer aucune activité lucrative en Suisse (gérer son propre patrimoine privé et percevoir des dividendes ne compte pas comme une activité). Et depuis la révision de 2014, les deux époux doivent chacun remplir toutes les conditions.
Ce dernier point est décisif : le forfait n'est pas fait pour un cadre actif qui veut travailler en Suisse. C'est un dispositif de rentiers.
Le coût réel, élevé
Voici les chiffres qui ramènent à la réalité. La base imposable retenue est la plus élevée de plusieurs valeurs : sept fois le loyer ou la valeur locative de ta résidence principale ; ta dépense annuelle réelle mondiale ; ou un minimum légal indexé. En 2026, ce minimum fédéral tourne autour de 429 000 à 435 000 CHF ; à Genève, par exemple, la base minimale fédérale s'établit à 435 000 CHF. La charge fiscale réelle se négocie souvent entre 200 000 et 500 000 CHF par an selon le canton et la situation.
Autrement dit : c'est un régime pour très gros patrimoines. En dessous d'un certain niveau de fortune, il n'a aucun intérêt par rapport à une imposition ordinaire.
Tous les cantons ne le proposent plus
Attention à la géographie. Plusieurs cantons ont supprimé le forfait fiscal : Zurich, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Schaffhouse, Appenzell Rhodes-Extérieures. Le régime reste pratiqué dans d'autres (Vaud, Valais, Genève, Tessin, notamment), mais chaque canton fixe ses propres seuils et négocie au cas par cas. Le choix du canton fait partie intégrante de la stratégie.
Le piège de la convention France-Suisse
Point technique mais crucial pour un Français. La convention France-Suisse de 1966 encadre les relations fiscales entre les deux pays, et l'administration française porte une attention particulière aux résidents suisses imposés au forfait. Selon les modalités, le bénéfice de la convention peut être remis en cause si le forfait n'est pas calculé sur une base suffisamment large. Un forfait mal négocié peut donc te faire perdre la protection conventionnelle côté français. C'est exactement le genre de sujet à ne pas traiter seul.
On en parle chez Wealthim
On évalue si le forfait a un sens dans ta situation (patrimoine, absence d'activité en Suisse, canton), et on sécurise l'articulation avec la convention France-Suisse, en coordination avec le fiscaliste.
Quels cantons, et comment se négocie le forfait
Le forfait ne s'obtient pas au guichet : il se négocie avec l'administration du canton choisi, sous forme d'un accord préalable (ruling). Le choix du canton est donc stratégique. Certains l'ont supprimé ; d'autres, comme Vaud, le Valais, Genève ou le Tessin, le pratiquent activement, avec des seuils et des pratiques variables.
Un dossier solide suppose de choisir le canton adapté, de préparer un argumentaire de dépenses cohérent, et d'obtenir un accord durable. Une représentation professionnelle est quasi indispensable pour négocier des conditions favorables et pérennes. Improviser ici, c'est risquer un forfait mal calibré : trop élevé par rapport à ce qui aurait pu être négocié, ou au contraire trop bas et donc fragile face à la convention franco-suisse, qui peut alors refuser le bénéfice du traité côté français.
Questions fréquentes
Sur quoi repose le forfait fiscal suisse ?
Sur ton train de vie (dépenses mondiales), pas sur tes revenus ni ta fortune réels.
Quel est le coût minimum ?
La base minimale fédérale tourne autour de 429 000-435 000 CHF en 2026 ; la charge réelle se négocie souvent entre 200 000 et 500 000 CHF selon le canton.
Peut-on travailler en Suisse au forfait ?
Non. Le régime est réservé aux personnes sans activité lucrative en Suisse.
Tous les cantons le proposent-ils ?
Non : Zurich, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Schaffhouse et Appenzell Rhodes-Extérieures l'ont supprimé.
Le forfait se négocie-t-il ?
Oui, avec l'administration du canton choisi, sous forme d'un accord préalable. Le choix du canton et la qualité du dossier sont déterminants.
Le forfait est-il compatible avec la convention France-Suisse ?
Oui, mais avec vigilance : un forfait mal calibré peut faire perdre le bénéfice de la convention franco-suisse de 1966 côté français. Ce point technique se traite impérativement avec un fiscaliste avant l'installation.
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